mercredi 1 octobre 2014

La première phrase d'un roman

Je vous avais promis un article sur "la première phrase d'un roman". 
De nombreux blogs donnent de bons conseils sur la manière d'aborder la première phrase lors de l'écriture d'un roman. Je ne vais donc pas en dispenser moi aussi, mais plutôt livrer une réflexion.

La première phrase c'est un peu comme une première fois. 

Pour le lecteur, c'est la première ligne qu'il va lire du roman, et pour l'écrivain c'est sa façon de plonger dans la rédaction de son histoire. Il sait ce qu'il veut écrire, ou peut-être pas, mais il faut bien commencer par quelque part, avant de poursuivre ! J'aime beaucoup l'image de la page blanche sur la machine à écrire, dans les films, et l'écrivain qui n'arrive pas à commencer. Il tape, arrache sa feuille, la jette, recommence. Est-ce si difficile d'écrire la première phrase ?

La première phrase, côté lecteur, c'est un peu comme "la première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules" de Philippe Delerm, celle qui vous donne envie, après y avoir goûté, d'y retourner et d'en reprendre encore, d'aller plus loin, de vous laisser aller.
Si la première phrase du roman vous a plu, alors vous avez envie de lire le paragraphe, puis le suivant. Vous vous apercevez que vous avez finalement lu une page, puis deux, puis un chapitre. Sans vous rendre compte, vous arrivez à la moitié du livre, vous êtes pris dans les mailles de l'histoire. Vous ne pouvez pas sortir. Pas tout de suite.

Je ne vais pas reprendre les débuts de roman célèbres déjà listés par d'autres blogs,  il y a même un quizz disponible sur Babelio.com : http://www.babelio.com/quiz/5246/Les-premieres-phrases-de-romans-celebres

Je préfère vous donner le goût de quelques ouvrages, en vous présentant leur première phrase : 

"Pendant un demi-siècle, les bourgeoises de Pont-l'Evêque envièrent à Mme Aubain sa servante Félicité." (Un coeur Simple - Gustave Flaubert)


"Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d'une obscurité et d'une épaisseur d'encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves. (Germinal - Emile Zola)


"Le jour où mon père est mort, la réalité a cessé de me passionner." (Le Zubial - Alexandre Jardin)


"Il se trouve dans certaines provinces des maisons dont la vue inspire une mélancolie égale à celle que provoquent les cloîtres les plus sombres, les landes les plus ternes ou les ruines les plus tristes." (Eugénie Grandet - Honoré de Balzac)


"Pas un couteau de cuisine, évidemment, ni un couteau de voyou à cran d'arrêt." (La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules - Philippe Delerm)


"Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont." (Discours de la méthode - René Descartes)
Il n'est nullement besoin de les commenter, chacune de ces phrases est une invitation au voyage ou à la réflexion...

Pour ma part, chacun de mes romans débutera de la même manière, selon un même code que j'ai fixé, qui est d'ailleurs déconseillé par les sites de conseils en écriture car l'exercice est difficile et peut être un piège pour l'écrivain. Mais je me suis rendue compte que j'aime cette entrée en matière, on est tout de suite dans l'ambiance, dans une dynamique que j'aime, contrairement aux premières phrases trop longues en description, ce n'est pas... mon style ! Chacune de mes premières phrases de romans interpellera donc personnages ou lecteurs, et requerra votre attention. Je vous remercie d'ailleurs d'avoir lu cet article.

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