dimanche 5 juin 2016

Lu et approuvé : Le grand marin de Catherine Poulain

Le grand marin
de Catherine Poulain
(Février 2016 - Éditions de l'Olivier)

Mon avis : un premier roman fragile et émouvant 
4*

J'aime bien les premiers romans, ils contiennent toute l'énergie, la volonté, le dépassement de son auteur dans cette aventure littéraire afin d'offrir au lecteur un voyage, une expérience osée, souvent aboutie, une émotion qu'elle soit finalement perçue, ou non.

Et c'est exactement ce sentiment que j'ai éprouvé avec l'héroïne de ce roman, Lili. Nous ne savons pas exactement pourquoi elle quitte précipitamment la France pour se réfugier en Alaska (c'est le début du roman). Mais elle dégage une énergie, une volonté qu'elle affiche "je veux vivre", et en plus d'un dépaysement total, un dépassement de soi pour parvenir à faire aussi bien ou mieux que ces marins - pêcheurs avec qui elle embarque. Et en même temps elle n'a pas peur de mourir et d'affronter les éléments déchaînés, la rudesse de ses compagnons.

Et il y a cette fragilité. On la considère comme une enfant, et elle s'insurge cette petite femme. Le style de Catherine Poulain conforte cette impression avec un style parlé, ce qui m'a surpris au début car ce n'est pas ce que je préfère, ce ton rythmé à l'aide de phrases courtes, ou nominales, l'emploi constant du présent, on suit la narration presque enfantine de Lili qui s'avère émouvante au fil de l'histoire. D'aucun pourrait considérer l'histoire un peu mince d'un point de vue des rebondissements mais c'est parce que toute l'énergie est placée dans l'héroïne et cette volonté d'être libre, de vivre, de se mettre en danger face aux éléments et aux hommes. 

Ce roman a remporté de nombreux prix et était nommé au Goncourt dans la catégorie premier roman.

Un très beau roman qui ne laissera pas insensibles les amoureux de la mer, des grands espaces, qui vous rappelera la nature sauvage et les aventuriers de l'absolu chers à Jack London.

Citation : "Il fait si beau dans tous ces cris. Le soleil était presque tiède au port, la brise, sitôt quitté l'abri de la jetée, nous donne la chair de poule, hérissant nos bras nus, rabat nos cheveux dans les yeux, m'enivre, avec ses odeurs d'algues, ses parfums âpres et puissants comme des appels vers le grand large."

... une belle invitation à prendre le large avec le grand marin, assurément. Lu et apprécié.

*********


Présentation de l'éditeur

Quand Lili Colt arrive à Kodiak, un port de l'Alaska, elle sait qu'elle va enfin réaliser son rêve : s'embarquer sur un de ces bateaux qui partent pêcher au loin. Pour la jeune femme, une runaway qui a fui jadis le confort d'une famille française pour " faire la route ", la véritable aventure commence. Le choc est brutal. Il lui faut dormir à même le pont dans le froid insupportable, l'humidité permanente et le sel qui ronge la peau, la fatigue, les blessures...Seule femme au milieu de ces hommes rudes, au verbe rare et au geste précis qui finiront par l'adopter. A terre, Lili partage la vie des marins -les bars, les clubs de strip-tease, les motels miteux. Quand elle tombe amoureuse du " Grand marin ", elle sait qu'il lui faudra choisir entre sa propre liberté et son attirance pour cet homme dont la fragilité la bouleverse. Entre Jack London et Marguerite Duras, Catherine Poulain fait entendre une voix unique dans le paysage littéraire français, avec ce magnifique premier roman qu'on devine très autobiographique.

Biographie de l'auteur

Catherine Poulain, est née en 1960. Elle commence à voyager très jeune et à multiplier les expériences professionnelles. Ouvrière dans des conserveries de poissons en Islande, saisonnière agricole en France et au Canada, barmaid à Hong Kong, employée sur des chantiers navals aux Etats-Unis, dans la pêche durant dix ans en Alaska. Elle partage aujourd'hui sa vie entre les Alpes de Haute-Provence et le Médoc où elle est respectivement bergère et ouvrière viticole.


Aucun commentaire:

Publier un commentaire